PETIT GUIDE POUR DÉJOUER LES PIÉGES DE LA LANGUE WOLOF (Safiyetu Béey)

 

Ce petit guide a pour but de faciliter l’apprentissage de l’écriture en wolof à tout débutant, en particulier aux jeunes. Il n’a aucunement la prétention de remplacer des cours formels en wolof mais il réunit des règles de base, trucs et astuces pour toute personne désireuse d’améliorer son écriture en utilisant l’alphabet codifié.

 Apprendre à écrire en wolof en 5 étapes

  1. D’abord, d’abord : Connaître l’alphabet wolof

L’alphabet wolof a été codifié pour la première fois en 1971 (des modifications ont été apportées par la suite) et compte 27 lettres qui sont : a, b, c, d, e, ë, f, g, h, i, j, k, l, m, n, ñ, ŋ, o, p, q, r, s, t, u, w, x, y. Voir Nëwu làmmiñu wolof ci gàttal, Précis de grammaire wolof, Arame Fal, 2017.

Vous aurez remarqué que le v et le z ne sont pas présents sur cette liste. Ils seront respectivement remplacés par le w comme dans wëtiir (voiture) et par s comme dans asaka (aumône).

NB: la consonne h a été récemment introduite dans l’alphabet et sa réalisation est rarissime.

 Voyelles et consonnes propres au wolof :

Le à (avec accent grave) qui constitue un casse-tête à maîtriser car plus appuyé à la prononciation que le (sans accent).

Exemples : Làkk (parler une langue)  ≠  Lakk (brûler)

                  Wàdd (nom de famille)  ≠  Wadd (tomber)

                  Màtt (mordre) ≠  Matt (fagot de bois)

                 Tàkk (prendre feu)  ≠  Takk (lier)

                  Ànd (aller ensemble)  ≠  And (encensoir)

                  Làmb (lutte)  ≠  Lamb (marchandise en excès)

Pour faire la différence entre le à (avec accent) et le a (sans accent), retenons simplement qu’il faut marquer l’accentuation sur le son [a] à la prononciation du à (avec accent) tandis que le son [a] du a (sans accent) reste un son bref.

NB : Faire attention aux mots avec un son [a] long comme dans daanaka (c’est comme si), maanaam (c’est-à-dire)teraanga (hospitalité): dans ces mots, la voyelle a est tirée mais n’est pas appuyée. Elle est donc doublée pour marquer le son [aa] à la prononciation. Cela permet de faire la différence entre xal (braise) et xaal (pastèque), ou encore entre tal (costaud, épais) et taal (allumer).

Le ë : correspond au son [eu] en français comme dans feu, beurre, peur. On le retrouve dans bëgg (aimer), kër (maison), dëgg (vérité).

Le ó : correspond au son [au] en français comme dans haut, château, berceau. On le retrouve dans dóor (frapper), góor (homme), xóot (profond).

Le ñ : correspond au son [gn] en français comme dans igname, montagne, champignon. On le retrouve dans ñàmbi (igname), ñam (nourriture), ñaq (sueur).

Le ŋ : qui est une contraction du et du pour donner fàŋŋ (visible), keryoŋ (crayon), doŋŋ (seulement). La linguiste Arame Fal donne exemple pour sa prononciation le mot anglais parking.

Le q : notez s’il vous plaît qu’il ne correspond pas au son [k] du français ! C’est plutôt une gémination c’est-à-dire un doublement de la consonne pour écrire yàq (détruire), mbàq (estomac), làq (cacher). Cela permet de faire la différence entre des mots comme ñax (herbe) et ñaq (sueur) ou encore dax (beurre artisanal) et dàq (être plus beau, plus belle).

 NB: Certaines consonnes ne peuvent pas être géminées ; elles ne seront donc jamais doublées dans un mot. Ce sont le s, le x, le f, le q et le h. Cela signifie que dans un texte en wolof, vous ne pourrez jamais rencontrer un mot avec ss, xx, ff, qq ou hh. Quant à la consonne r, elle peut être géminée mais extrêmement rarement.

  1. Ensuite, ensuite : Chaque fois que vous avez un doute – usons souvent du doute les amis, il sert beaucoup – prononcez les mots à haute voix avant d’écrire

La prononciation à haute voix permet de retrouver rapidement et facilement l’écriture phonétique du mot. Elle permet d’identifier les sons qui forment le mot et de savoir si les consonnes et/ou voyelles qui l’écrivent sont accentuées comme dans dóor (frapper) et door (commencer), réew (pays) ou reew (mal élevé), courtes comme dans wex (amer) et weex (blanc), ou longues comme dans seet (chercher) ou set (propre). Cependant, tous les locuteurs du wolof ne prononcent pas certains mots de la même façon, vous retrouverez donc des variantes régionales dans les différentes prononciations ainsi que dans l’écriture.

Exemples : Ginnaaw = Gannaaw (derrière)

Yow = Yaw (toi)

Ñëw = Ñów (venir)

  1. Chercher le mot dans le dictionnaire lorsqu’on n’est pas sûr de son écriture

Comme avec toutes les langues, il est toujours utile d’avoir un dictionnaire à côté de soi afin de retrouver l’écriture correcte d’un mot. Du fait d’un certain conditionnement idéologique, le wolof est assimilé à une langue véhiculaire plutôt qu’à une langue littéraire. C’est pour cela que nous n’avons pas le réflexe de consulter un dictionnaire pour nous assurer de l’orthographe d’un mot. Elle reste cependant une étape essentielle pour apprendre à bien écrire en wolof, repérer les nuances entre les mots, et ainsi continuer à se corriger et à s’améliorer.

Si vous cherchez à vous procurer un dictionnaire physique ou en ligne, je recommande celui de Jean-Léopold Diouf Dictionnaire wolof-français et français-wolof ou celui de Arame Fal Dictionnaire wolof-francais : suivi d’un index français-wolof, qui sont complets, comportent des transcriptions phonétiques et beaucoup d’exemples d’utilisation des différents mots.

4. Chercher des ressources en wolof et lire, beaucoup lire, encore lire, toujours lire, mais surtout savoir relire et se relire autant de fois que possible, vraiment sans modération aucune.

La lecture m’aide personnellement à photographier les mots et à garder leur orthographe en tête. Elle me permet également de corriger la prononciation de certains mots, d’enrichir mon vocabulaire et de sentir la subtilité et la beauté de la langue à l’écrit.

Parce que c’est en forgeant que l’on devient forgeron, c’est en touillant que l’on devient touilleur, c’est en grimpant que l’on devient grimpeur… Ok j’arrête. Je veux juste dire que c’est en lisant beaucoup que l’on apprend à écrire. Donc, n’hésitez pas à vous procurer des ressources en wolof, sur internet, à la librairie, dans les parterres… Je vous assure qu’elles ne manquent pas. Nous avons déjà defuwaxu.com qui est un média exclusivement publié en wolof avec du contenu de très bonne qualité, ejowolofbooks.com et osad-sn.com maisons d’édition spécialisées dans la publication d’ouvrages en wolof, et une nouvelle pépite jangwolof.com, site dans lequel vous pouvez ouvrir un compte et accéder à une multitude de ressources pour lire, apprendre à écrire et perfectionner votre wolof.

Si vous cherchez à vous procurer des ouvrages, voici une petite liste de mes coups de cœur en littérature wolof :

Bàmmeelu Kocc Barma et Doomi Golo par Bubakar Bóris Jóob (des récits captivants, un style fluide, et surtout beaucoup d’enseignements)

Ndoomu Buur Si, traduction du Petit Prince de Antoine de Saint-Exupéry par El Hadji Dièye et Maximilien Guérin (la traduction en wolof m’a beaucoup plus touchée que la version en français)

Xarnu Bi par Sëriñ Musaa Ka, oeuvre poétique et classique de la littérature wolof

Bataaxal bu gudde nii, Nawetu Deret, traductions respectives de Une si longue lettre de Mariama Bâ et Une saison au Congo de Aimé Césaire, issues de la Collection Céytu

Aawo Bi de Maam Yunus Jeŋ, qui est le tout premier roman publié en wolof

Guy Njulli, pièce de théâtre en wolof, par Séex Aliyu Ndaw

Jigéen Faayda et Toftalug Jigéen Faayda, recueils de nouvelles en wolof, par Séex Aliyu Ndaw

  1. Écrire le wolof avec l’alphabet codifié et pas avec un autre alphabet

Il est important de s’efforcer à écrire avec l’alphabet codifié car il permet d’écrire correctement le mot avec la phonétique qui convient. Beaucoup ont tendance à écrire selon leur propre orthographe en se disant que ce n’est pas grave de faire des fautes en wolof. Cela relève d’un manque de respect envers soi-même car nous ne penserons jamais à écrire en faisant des fautes en français ou en anglais. Nous sommes souvent tentés d’écrire kharit bi lay wakh deug au lieu de xarit bi lay wax dëgg, mais nous devons garder en tête que les phonétiques française et anglaise sont différentes de celle du wolof. Vous ferez des erreurs au début, vous ne serez pas habitués, et les réflexes d’écriture en français ou en anglais reprendront le dessus très vite, mais n’hésitez pas à prendre le temps de vous relire, à vérifier la phonétique et à prononcer le mot à haute voix pour retrouver son écriture.

Erreurs fréquentes et astuces pour les éviter :

=> la; => sa; => ma

Ne pas écrire Yow lë doon xaar ci suba ba tey mais plutôt Yow la doon xaar ci suba ba tey (C’est toi qu’il attendait depuis ce matin)

En effet, le ë ne se place jamais à la fin d’un mot sauf dans të (têtu) ou (front).Sinon, nous écrirons bien Sa doom la au lieu de doom .

bùr, bür => buur (roi) ; xamùma fù mü nekk => xamuma fmnekk (je ne sais pas où il est)

  • Les seules voyelles possibles d’être accentuées en wolof sont le a, le et le e.
  • Le est marqué d’un accent grave (à) mais JAMAIS d’un accent aigu.
  • Le o est marqué d’un accent aigu (ó) mais jamais d’un accent grave.
  • Le e est marqué d’un accent aigu (é) mais jamais d’un accent grave. Il n’y a donc jamais d’accent sur le u, ni sur le i.
  • Nu et Ñu ; Noo et Ñoo 
  • Nu ngi dem duggi => Nous allons au marché
  • Ñu ngi dem duggi => Ils vont au marché
  • Noo ko defandoo => Nous l’avons fait ensemble
  • Ñoo ko defandoo => Ils l’ont fait ensemble
  • Sunu réew => Notre pays
  • Seen réew => Leur pays
  • Su nu demoon => Si nous étions allés
  • Su ñu demoon => S’ils étaient allés

(Nu correspond à nous en français.

Ñu correspond à on, ils ou eux en français.)

 

  • Si et Ci

En wolof, le nom doit être marqué d’une consonne qui indique la classe à laquelle il appartient. Ces consonnes sont au singulier b, g, j, k, l, m, s, w et au pluriel ñ et y. Voir Dictionnaire wolof-français et français-wolof par Jean-Léopold Diouf.

Exemples : Xale bi (l’enfant)

Jigéen ji (la femme)

Kër gi (la maison)

Xale yi (les enfants)

Jigéen ñi (les femmes)

Ces consonnes sont appelées indices de classe ou classificateurs. On dit que le wolof est une langue à classes nominales.

Le classificateur (la consonne placée après le nom) est un indicateur sémantique et un indice d’accord. Comme indicateur sémantique, il permet d’indiquer un des sens d’un mot polysémique.

Exemples : ndaw li= messager

ndaw gi = jeunesse (virginité)

ndaw ñi = les jeunes

ndaw si = jeune femme

saxaar si, la fumée

saxaar gi, le train

Si en grammaire désigne ainsi un classificateur et agit en tant que déterminant d’un nom.

Exemples : àddina si (l’univers), ndaw si (la jeune femme)

Ci, par contre, est une préposition et peut avoir une valeur de partitif, ou introduire un complément.

Exemples : Bind ci wolof (écrire en wolof)

Duggal ci néeg bi (entre dans la chambre)

Xoolal ci suuf (regarde en bas)

  • Ak et Ag

Ag est un article indéfini singulier et accompagne les noms de la classe g. On dira ag gone, ag ndof, ag noflaay. Les autres articles indéfinis sont : ab, as, aw, am.

Exemples :ab xarit (un ami)

as suuf (une terre)

aw làmmiñ (une langue)

am xar (un mouton)

aw askan (un peuple)

am réew (un pays)

Ak est une préposition et peut signifier avec ou et selon le contexte.

Exemples : Bëy, bu àndul ak bëy ya, ànd ak cere ja (La chèvre, si elle ne va pas avec ses semblables, elle finira dans un plat de couscous)

Jëndal ceeb ak diwlin (Achète du riz et de l’huile)

  • Terminaison des mots en b, p, g, k, j

Nop => nob = aimer

Yap => yab = manquer de respect

Took => toog = s’asseoir

Tek => teg= poser

Xaac => xaaj = diviser

L’astuce pour retrouver la terminaison du mot est de lui ajouter un suffixe et ainsi retrouver sa dernière lettre.

Exemples : teg => tegaat ; toog => toogaat ; nob => nobaate ; yab => yabaate ; Jóob => Jóoba-Jubba ; et ainsi de suite.

 

Retenons bien :

  • La lettre é ne se place jamais en fin d’un mot. Il est donc impossible d’écrire waxé, jëfé ou rafeté.
  • Deux voyelles différentes ne se suivent jamais dans un mot.

Exemples : i + e, u + a, o + a, etc.

Il est donc impossible d’écrire Safietu (nom propre) ou ruuam (son âme), par exemple. Dans ces cas, la règle invite à insérer les consonnes y ou w pour empêcher la rencontre des deux voyelles. Nous écrirons donc bien Safiyetu et ruuwam.

  • Deux voyelles longues ne précèdent jamais deux consonnes. Il sera donc impossible d’écrire aaddina, coonno, jaapp. Nous écrirons bien àddina (univers), coono (fatigue), jàpp (attraper).

 

  • Le à (avec accent)ne peut pas être géminé et ne sera donc jamais doublé dans un mot. Il ne sera non plus jamais suivi d’une autre voyelle, ni d’un a (sans accent).

 

Voici quelques petites astuces pour apprendre à écrire correctement avec l’alphabet codifié wolof. Nous rappelons que ces règles sont non exhaustives et des cours formels en wolof seront toujours utiles pour renforcer vos bases et vous permettre une meilleure maîtrise de la langue.

Nous espérons que ce guide sera utile et bénéficiera à toute personne souhaitant améliorer son écriture avec l’alphabet codifié wolof.

Au plaisir de vous lire bientôt, et en wolof !

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